La chaussure verte
Monday 13 April 2009Si vous avez récemment compris quelque chose, c’est que votre mère devait savoir depuis votre âge le plus tendre que vous vous allongeriez plus tard sur un divan quelconque, pas pour y taper un somme mais pour endormir le psy avec des histoires d’enfance, somme toute plutôt heureuse.
Pour autant votre mère n’a rien d’un oracle. C’est juste qu’il y a un moment où, en tant que mère, on se dit, sans même avoir eu besoin d’étudier à Poudlard, que les choses ont peut-être ripé. Et c’est ce que vous vous êtes dit dernièrement concernant Loulou.
Avant de rentrer dans les détails des mésaventures de votre aîné, vous tenez à faire une apostrophe: “eh toi, éventuel lecteur agent de la DDASS, si tu vas plus loin dans ce post, reste cool, ne t’énerve pas les poils des jambes !” (désolée, vous écrivez ce billet de Montréal et il se peut donc que cela transparaisse dans certaines expressions).
Donc tout commence le soir de votre anniversaire. Vous avez 34 ans et c’est formidable puisque vous pensiez en avoir 35 et avez donc gagné un an, tout en en prenant un, même si votre mère - la fameuse - vous dirait que çà se discute puisque vous avez certes 34 ans mais que vous rentrez dans votre 35ème année (réinterprétation : il est peut-être temps de s’inscrire au Power Plate).
Darling a organisé une soirée vraiment surprise - celle là vous ne l’aviez pas vue venir - jusqu’à ce que votre belle sœur vous dise une semaine avant “alors, t’es contente pour ta soirée de samedi prochain où il y aura tous tes amis même ceux que tu n’as pas vus depuis des lustres, même pas trop tard puisque les gens seront là vers 19h30 ?“.
Vous êtes donc ravie. Jusqu’au drame. Loulou et Louloute n’arrivent pas à dormir. Trop de musique et puis c’est la fête. Ils rappliquent dans le salon et se jettent dans vos bras. Ou presque puisque Loulou, lui, se jette sur votre cigarette. On sent l’odeur du cochon brûlé. Vous vous momifiez et Loulou se met à vibrer tout seul autant que 10 machines Power Plate réunies.
Démomifiée par ses hurlements, vous saisissez votre petit bonhomme et révisez en accéléré vos 12 ans d’études de médecine non faites. Saisie d’une illumination, vous faites un stop à la cuisine, attrapez la bouteille de vinaigre et en appliquez une bonne dose sur la brûlure de Babichou. Lequel vous regarde avec toute l’incompréhension du monde et se met à hurler de façon beaucoup plus efficace que tout ce que Rick O’Connell aurait pu inventer pour réveiller ses Momies 1, 2 et 3. Et pourtant vous avez pris du vinaigre de framboise pour que ça ne sente pas trop mauvais. Vous êtes atterrée, horrifiée, coupable. Après un tartinage généreux en Biafine, un milliard de bisous à Loulouchou, vous finissez de noyer votre honte, telle Sue Ellen, dans l’alcool et allumez une cigarette. Tabarnaque !
Quelques semaines plus tard, c’est Loulou qui se tape un an de plus. Lui, il est content parce que dit-il, il est devenu fort comme Spiderman. Sauf que Spiderman n’embaume pas le vinaigre mais ca vous ne lui dites pas. Comme vous voulez être une maman exemplaire, vous programmez 4 fêtes: entre nous, avec les grands parents, gouter d’enfants à la maison, fête à l’école.Vous réussissez les 3 premières avec brio mais ce dernier vous lâche à la 4ème. Vous zappez la date et vous rendez compte la veille à 23 heures de votre oubli. Prenant à peine votre manteau, vous courrez à l’épicerie du coin afin d’acheter in extremis de quoi se sucrer le bec: bonbons, quatre-quart industriel, jus d’orange etc…
Ouf, Michelle, sa Cerbère d’institutrice ne pourra pas vous lancer de regard courroucé parce que vous êtes venue sans gouter d’anniversaire pour un goûter d’anniversaire. Sauf que le gâteau n’a jamais été distribué et que votre descendance a soufflé ses bougies sur des bonbons Krema. Le quatre-quart industriel (qui aurait dû être fait maison), était périmé depuis la veille, vous a expliqué la Michelle avec beaucoup de mépris et en chuchotant pour ne pas que Loulou l’entende. A lui elle avait expliqué que comme le gâteau était trop long, elle ne pouvait pas le découper. C’est un peu prendre Spiderman pour un niaiseux, mais vous n’étiez pas en position de faire la taiseuse. Même si la Michelle se pète un peu les bretelles, vous avez encore été très forte sur ce coup là. Et le pire du pire, c’est que vous l’aviez vue la date, quelques minutes avant l’école, mais que vous avez pensé qu’un gâteau périmé c’était quand même mieux que rien. Ce qui globalement, si on pense aux Favelas,est complètement défendable.
Les semaines passent et votre voyage au Canada approche. Darling et tous vos amis (venus par surprise) vous on offert un aller et retour pour Montréal et par la même occasion un séjour entre girls. Vous vous asseyez dans l’avion et passez un coup de fil au père de vos enfants pour qu’il vous assure que la visite de Loulou chez le pédiatre s’est bien passée et que concernant son doigt enflé, l’affaire est ketchup. Au moment où les portes de l’avion se ferment, Darling vous annonce que Petit Brûlé doit aller à l’hôpital subir une anesthésie générale pour lui nettoyer son ongle incarné. Qu’il passera donc la nuit à l’hôpital. Qu’il fera tout ça sans que sa Maman ne soit là. Et que Monsieur Gâteau Périmé sera le seul dans ce cas là de tout l’hôpital puisque tous les autres enfants ont leur Maman, eux.
Le voyage dure 6 heures. Vous pleurez environ pendant les trois quart du vol. Vous n’avez jamais eu si peu peur en avion et ça n’a rien a voir avec le Lexomil. Vous vous dîtes qu’il y aura peut-être un crash spécial Eradiquation des Mères Indignes et que ce sera tant mieux pour tout le monde. Et ça vous refait pleurer. Votre mascara coule. Et vous vous dites qu’en plus d’avoir une Maman nullissime, Loulou aura désormais aussi une Maman moche. Et ça vous refait pleurer.
Après quelques heures de ce jeu là, vous finissez par vous calmer et vous terminez le voyage en regardant le dessin que Babichou vous a donné avant de partir : c’est un dessin de vous. Vous y êtes toute verte et avez un seul pied avec une très grande chaussure. Vous en concluez que vous n’êtes peut-être pas parfaite aux yeux de votre fils mais que, au moins, il s’imagine que vous courez vite. Et peut-être que, si on est la Maman de Spiderman, les super pouvoirs, c’est finalement plus important que tout.
Du coup, ne sachant que faire avec votre coussin et n’ayant plus complètement votre tête, vous l’avez mis dans votre dos sous votre T-shirt et vous êtes mise à barrir en faisant le tour de la pièce. Ce qui a réveillé Darling qui est donc venu aux nouvelles et a qui vous avez, en toute logique, expliqué que vous étiez en train d’imiter un ours polaire. Ce qui a fait pleurer Louloute, définitivement honteuse de sa génitrice, et provoqué une nouvelle crise gastrique aiguë chez Darling. Vous avez alors appelé les urgences en pensant appeler votre mère. Ou l’inverse. Il faut avouer que c’est assez confus.

